Les Médiévales

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Ah, c'est l'été! Ouvrons nos porte-monnaie! Les fêtes médiévales sont au programme! Les troubadours jouent, chantent et dansent, les belles épées vikings brillent au soleil et l'hypocras nous appelle à la taverne! Mais qui voudrait revenir en arrière pour vivre en ce temps-là....?

 



« La plupart des grandes villes étaient dirigées par une guilde des marchands à laquelle appartenaient les notables. En dessous venaient les guildes professionnelles, qui regroupaient chacune les représentants d'un métier particulier : maçons, charpentiers, tanneurs, tisserands, tailleurs. Puis il y avait les guildes des paroissiens. Celles-ci étaient chargées de récolter les fonds nécessaires à l'achat des habits sacerdotaux et les objets de culte, ainsi que de venir en aide aux veuves et aux orphelins.

Les villes dotées d'une cathédrale étaient régies différemment. A l'instar de Saint-Albans et de Saint-Edmond-de-Bury, Kingsbridge était placé sous l'égide d'un monastère. Celui-ci possédait la presque totalité des terres alentour. En effet, les marchands de la guilde n'étaient pas autorisés à être propriétaires fonciers. A Kingsbridge, les plus importants d'entre eux appartenaient à la guilde de la paroisse de Saint-Adolphe, tout comme les artisans. C'était l'association la plus puissante de la ville. A ses tout débuts, il y avait de cela fort longtemps, elle avait sans aucun doute rassemblé de pieux fidèles désireux de bâtir la cathédrale et chargés de réunir les fonds dans ce but. A présent, sa mission principale consistait à édicter des lois régissant la conduite des affaires et à nommer un prévôt chargé de veiller à leur respect, assisté dans cette tâche par six échevins. La guilde était également dépositaire des mesures en usage à Kingsbridge pour le commerce des marchandises. Ces mesures concernaient le poids d'un sac de laine, la largeur d'un coupon de tissu ou  le volume d'un boisseau. Elles étaient exposées à la vue de tous dans le vestibule du bâtiment. Contrairement à ce qui se pratiquait dans les villes voisines, les marchands de Kingsbridge n'étaient pas autorisés à rendre la justice ou à siéger au tribunal. Ce pouvoir, le prieur de Kingsbridge le conservait jalousement entre ses seules mains.


[...] Godwyn avait un rêve : devenir le prieur de Kingsbridge. Il le désirait de tout son coeur, rongé qu'il était par la volonté de réformer les finances du prieuré, d'en administrer les terres et les autres sources de revenus, de telle sorte que les moines n'aient plus à quémander des subsides auprès de mère Cécilia. De même, il aspirait à voir instaurées une séparation plus stricte entre les deux communautés et une frontière plus rigoureuse avec le monde des laïcs. Ceux qui avaient choisi de consacrer leur vie à Dieu devraient pouvoir respirer l'air pur de la sainteté en toute quiétude. Cela étant, des mobiles plus douteux étayaient ces motifs irréprochables, car Godwyn convoitait aussi cette position pour l'autorité et la distinction qu'elle conférait. La nuit, imaginant l'avenir, il se voyait déjà ordonnant à un moine de nettoyer le désordre du cloître. "Tout de suite, révérend père prieur", disait l'intéressé.
Révérend père prieur! Que cette réplique était douce à ses oreilles!
"Bonne journée, monseigneur!" s'entendait-il dire à l'évêque Richard sur un ton dénué de toute obséquiosité. Et celui-ci de répondre avec la courtoisie amicale d'un ecclésiastique de haut rang s'adressant à un  pair : "Bonne journée à vous aussi, prieur Godwyn!
— J'ai pleine confiance que tout est à votre convenance, monseigneur, disait-il à l'archevêque, usant alors d'une plus grande déférence, compte tenu de son propre statut, mais en aucun cas sur le ton qu'emploierait un simple moine.
— Oh oui, Godwyn, vous avez accompli là un travail remarquable.
— Votre Excellence est bien aimable."
Ou encore, se promenant à pas lents dans le cloître au côté d'un potentat richement vêtu : "C'est un immense honneur que nous rend Votre Majesté en venant visiter notre humble prieuré." A quoi le monarque répondait : "Merci, père Godwyn. En fait, je viens quérir votre conseil."
Mais cette scène-là, il osait à peine se la représenter.
Mais comment obtenir ces distinctions tant désirées? Godwyn y songea tout au long de la semaine, tout au long des cent enterrements auxquels il assista. Et il en vint à la conclusion que la messe solennelle pour les funérailles d'Anthony à laquelle seraient associées des prières pour le repos de l'âme des disparus lui offrirait une excellente occasion de planter ses jalons.
Dans l'intervalle, il ne fit part de ses espérances à personne. Ils se rappelait trop bien la coordination parfaite avec laquelle la vieille garde l'avait débouté lorsqu'il avait pris la parole au chapitre, dix jours plus tôt, armé du seul Livre de Timothée pour justifier ses vues. A croire qu'ils s'étaient passé le mot! Il était revenu de la réunion plus aplati qu'une grenouille écrasée sous la roue d'un chariot. La candeur ne payait pas. On ne l'y reprendrait plus! »

Ken Follett, Un Monde sans fin (Titre original : World without end, 2007).





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