Une chanson elfique

Publié le par Juliette

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« Je me rappelle qu'il y a bien longtemps — à l'époque de la guerre entre Sauron et les Hommes de la Mer — le désir me vint de revoir Fimbrethil. Elle était toujours très belle à mes yeux, la dernière fois que je l'avais vue, encore bien différente de l'Ent-vierge d'autrefois. Car les Ents-femmes étaient courbées et brunies par leur travail ; leurs cheveux, grillés par le soleil, avaient pris le ton du blé mûr et leurs joues celui des pommes rouges. Mais leurs yeux étaient toujours ceux de notre propre peuple. Nous traversâmes l'Anduin et arrivâmes dans leur pays ; mais nous n'y trouvâmes qu'un désert ; tout était brûlé et arraché, car la guerre avait passé là. Mais les Ents-femmes n'y étaient plus. Nous appelâmes et cherchâmes longtemps ;  et nous demandâmes à tous ceux que nous rencontrions de quel côté les Ents-femmes étaient parties. Les uns déclarèrent ne les avoir jamais vues ; d'autres les avoir vues partir vers l'Ouest, d'autres vers l'Est, et d'autres vers le Sud. Mais nous ne pûmes les découvrir nulle part. Notre peine fut très grande. Mais la forêt sauvage nous appelait et nous y retournâmes. Durant bien des années, nous partîmes souvent à la recherche des Ents-femmes, allant de tous côtés et les appelant par leurs beaux noms. Mais avec le temps, nos expéditions se firent plus rares et moins lointaines. Et maintenant, les Ents-femmes ne sont plus pour nous qu'un souvenir, et nos barbes sont longues et grises. Les Elfes firent maintes chansons sur la Quête des Ents, et certaines passèrent dans la langue des Hommes. Mais nous ne composâmes pas de chansons là-dessus, nous contentant de psalmodier les beaux noms des Ents-femmes quand nous pensions à elles. Nous croyons que nous les rencontrerons peut-être de nouveau dans un temps à venir et que nous pourrons alors trouver quelque part où vivre ensemble, avec une satisfaction réciproque. Mais il est présagé que ce ne sera que lorsque nous aurons les uns les autres perdu tout ce que nous avons à présent. Et il se pourrait bien que ce temps approche enfin. Car si Sauron détruisit autrefois les jardins, l'Ennemi semble devoir dessécher aujourd'hui toutes les forêts.


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Il y avait une chanson elfique qui parlait de cela ou du moins est-ce ainsi que je la comprends. On la chantait autrefois tout le long du Grand Fleuve. Ce ne fut jamais une chanson d'Ents, notez bien :  en entique, ç'aurait été une très, très longue chanson ! Mais nous la savons par coeur et la fredonnons de temps à autre. La voici dans votre langue :

 

L'ENT :

 

Lorsque le Printemps déroulera la feuille du hêtre et que la sève sera dans la branche,

Lorsque la lumière sera sur la rivière de la forêt sauvage et le vent sur le front ;

Lorsque le pas sera allongé, la respiration profonde et vif l'air de la montagne,

Reviens vers moi ! Reviens vers moi et dis que ma terre est belle !

 

L'ENT-FEMME :

 

Lorsque le Printemps sera venu sur le clos et les champs, et que le blé sera en herbes,

Lorsque la floraison, brillante neige, couvrira le verger ;

Lorsque l'averse et le Soleil sur la Terre de fragrance empliront l'air,

Je m'attarderai ici, et ne viendrai pas, car ma terre est belle.

 

L'ENT :

 

Lorsque l'Eté s'étendra sur le monde, et que dans un midi d'or

Sous la voûte de feuilles endormies se dérouleront les rêves des arbres ;

Lorsque les salles de la forêt seront vertes et fraîches, et que le vent sera à l'ouest ;

Reviens vers moi ! Reviens vers moi et dis que ma terre est la meilleure !

 

L'ENT-FEMME :

 

Lorsque l'Eté chauffera le fruit suspendu et de son ardeur brunira la baie ;

Lorsque la paille sera d'or et l'auricule blanche, et qu'à la ville arrivera la moisson ;

Lorsque le miel coulera et la pomme gonflera, malgré le vent à l'ouest,

Je m'attarderai ici sous le Soleil, parce que ma terre est la meilleure.

 

L'ENT :

 

Lorsque viendra l'Hiver, l'Hiver sauvage qui tuera colline et forêt ;

Lorsque les arbres tomberont et que la nuit sans étoiles dévorera le jour sans soleil ;

Lorsque le vent sera à l'est mortel, alors dans la cinglante pluie,

Je te chercherai et t'appellerai ; je reviendrai vers toi !

 

L'ENT-FEMME :

 

Lorsque viendra l'Hiver et que les chants finiront ; lorsque les ténèbres tomberont enfin ;

Lorsque sera brisé le rameau stérile, et que seront passés la lumière et le labeur ;

Je te chercherai, et je t'attendrai, jusqu'à ce que nous nous rencontrions de nouveau ;

Ensemble nous prendrons la route sous la cinglante pluie !

 

L'ENT :

 

Ensemble nous prendrons la route qui mène jusqu'à l'Ouest,

Et au loin nous trouverons une terre où nos deux coeurs pourront avoir le repos. »

 

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J.R.R. TOLKIEN " Le Seigneur des anneaux"

 

   

Publié dans Mythologie

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