Commencer avec le soleil...

Publié le par Juliette

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« Ceci peut paraître absurde - mais seulement si nous sommes sots. Il y a une éternelle correspondance vitale entre notre sang et le soleil : il y a une éternelle correspondance vitale entre nos nerfs et la lune. Si nous perdons le contact et l'harmonie avec la lune et le soleil, tous deux se retournent contre nous comme deux grands dragons de destruction. Le soleil est une source de vitalité sanguine, il rayonne de force à notre égard. Mais si une fois nous lui résistons en disant : "ce n'est qu'un ballon de gaz !" - alors la vraie vitalité rayonnante de sa lumière se change en subtile force désagrégeante et nous défait. Même chose pour la lune, les planètes, les grandes étoiles : ce sont ou nos producteurs ou nos destructeurs, il n'y a pas d'échappatoire.

 

Le cosmos et nous-mêmes ne faisons qu'un. Le cosmos est un grand organisme vivant, dont nous faisons toujours partie. Le soleil est un grand coeur dont les pulsations parcourent jusqu'à nos veines les plus fines. La lune est un grand centre nerveux étincelant d'où nous vibrons sans cesse. Qui peut dire le pouvoir que Saturne a sur nous, ou Vénus ? C'est un pouvoir vital, ondoiement extrême, qui nous traverse sans interruption (...) Et tout ceci est vrai à la lettre, comme le savaient les hommes du temps passé, et comme ils le sauront à nouveau.

 

A l'époque de Jean de Patmos, les hommes, particulièrement les hommes cultivés, avaient presque déjà perdu le cosmos. Le soleil, la lune, les planètes, au lieu d'être les interlocuteurs, les interconnecteurs, les donneurs de vie, les êtres splendides, les êtres terribles, étaient déjà tombés dans une sorte de torpeur (...) A l'époque de Jésus, les hommes ont fait du ciel une machine de destin et de fatalité, une prison. Les chrétiens s'évadaient de cette prison en reniant radicalement le corps (...) La chrétienté et notre civilisation idéaliste n'ont été qu'une longue évasion, cause de stagnation infinie et de misère - la misère que les gens connaissent aujourd'hui, qui ne vient pas d'un manque physique, mais d'une façon plus mortifère, d'un manque de désir vital. Mieux vaut manquer de pain que manquer de vie - grande évasion, dont le seul fruit est la machine !

 

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Nous avons perdu le cosmos. Le soleil ne nous nourrit plus, ni la lune. En langage mystique, la lune s'est obscurcie, et le soleil est devenu noir. Maintenant, il nous faut retrouver le cosmos, et ça ne s'obtient pas par un tour de passe-passe mental. Il nous faut faire revivre tous les réflexes de réponse qui sont morts en nous. Les tuer nous a pris deux mille ans. Qui sait combien de temps il faudra pour les ranimer ? (...) Avec la venue de Socrate et de l'"esprit", le cosmos est mort. Pendant deux mille ans, l'homme a vécu dans un cosmos mort ou moribond, avec l'espoir d'un paradis qui suivrait. Et toutes les religions ont été religions de la mort du corps et de la récompense différée : eschatologique, pour utiliser un mot cher aux philosophes (...)

 

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Pour l'homme, la grande merveille est d'être en vie. Pour l'homme, comme pour la fleur, la bête et l'oiseau, le triomphe suprême, c'est d'être le plus parfaitement, le plus vivement vivant. Quoi que puissent savoir les morts et les non-nés, ils ne peuvent rien connaître de la beauté, du prodige d'être en vie dans la chair. Que les morts arrêtent l'après, mais qu'ils nous laissent la splendeur de l'instant présent, de la vie dans la chair qui est à nous, à nous seuls et seulement pour une fois. Nous devrions danser de bonheur d'être vivants et dans la chair, d'être une parcelle du cosmos vivant incarné. Je suis une parcelle du soleil comme mon oeil est une parcelle de moi-même. Mon pied sait très bien que je suis une parcelle de la terre, et mon sang est une parcelle de la mer. Mon âme sait que je suis une parcelle de la race humaine, mon âme est une partie organique de l'âme de l'humanité, tout comme mon esprit, une parcelle de ma nation. Dans mon moi le plus privé, je fais partie de ma famille. Rien en moi n'est solitaire ni absolu, sauf ma pensée, et nous découvrirons que la pensée n'a pas d'existence propre, qu'elle n'est que le miroitement du soleil à la surface des eaux (...)

 

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Ce que nous voulons, c'est détruire nos fausses connexions inorganiques, en particulier celles qui ont trait à l'argent, et rétablir les connexions organiques vivantes avec le cosmos, le soleil et la terre, avec l'humanité, la nation et la famille. Commencer avec le soleil, et le reste viendra lentement, très lentement. »

 

D.H. Lawrence "Apocalypse", 1929, extrait paru dans "Les Traditions d'Europe" d'Alain de Benoist .

 


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