Cette moisson-là

Publié le par Juliette

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CANTATE (fragments) de Viktor Rydberg (1828-1895)

 

Chœur


« Hors de la nuit des temps,

Vers un but inconnu tu vas,

Dans le désert des siècles.

Ton jour, Humanité ! n'est qu'un pâle rayon,

Une faible lueur et qui tremble !

Devant toi, les ténèbres,

Et derrière, la nuit !

L'une après l'autre les générations

Disparaissent dans les sables

Et tremblant tu interroges :

Seigneur, où mène mon chemin ?

 

Sur cette terre, tout désigne

Notre vie comme éphémère ;

Et si tu vas fouiller le ciel

D'un regard audacieux, tu apprends

Que les soleils meurent aussi

Et que les univers s'abîment

Dans l'océan sans fond de l'espace,

Avec leurs cohortes d'étoiles.

Et tu entends des voix crier :

Vanité des vanités,

Espace et temps ne sont

Pour notre effroi – qu'une prison !

 

Récitatif

 

Mais si sur ton chemin le doute

T'assaille, et si l'angoisse

S'empare de toi, reprends

Ton étendard et continue

Téméraire dans le désert.

Qu'importe, oui, si tu as vu

Périr mille soleils au firmament ?

Qu'importe si le Temps a fauché,

Ainsi qu'un blé doré une moisson d'étoiles ?

Ce que tu as pensé, ce que tu as aimé,

Ce que tu as rêvé, ce qui est juste et beau,

Non, le Temps ne peut le détruire :

Cette moisson-là se dérobe à lui,

Elle croît aux champs de l'éternité !

Aussi est-ce : En avant ! qu'il faut crier,

A nous la joie, la certitude :

Nous portons l'éternité dans notre cœur ! »

 

 

Jean-Clarence Lambert, Anthologie de la poésie suédoise, éditions Unesco, 2000.

Publié dans Vie

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