Vivre joyeux

Publié le par Juliette

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Si je me lamentais — Lasse Lucidor (1638-1674)

 

« Si je me lamentais, ce serait grande sottise,

     Même si tout pour moi s'en allait de travers.

Ma chance peut bien prendre une voie tortueuse,

    Sois patient : pour finir elle atteindra son but.

En ce monde, changeante on aime la couleur :

    Bien des gens ont vécu sans manger le meilleur.

 

Bonheur croise malheur, l'un l'autre disparaissent,

    Ce qui commence ici s'en vient là-bas finir.

Buveur, tu n'auras plus dès demain le hoquet,

    Rire finit en pleurs, et les pleurs en chansons.

Et celui qui se targue à distinguer le vrai

    Pourrait choir aussi bien passant la passerelle.

 

Vois! La rosée du ciel sur les arbres se pose.

    Mais quand Terre leur a donné assez de sève

Pour défier les nues, qui bas les jettera,

    Si la hache est sans manche gisante?

Quand l'arbre est vermoulu, l'ongle peut le griffer,

    Et ceux qui croient gagner à la fin ont perdu.

 

Laisse ainsi le malheur combattre le bonheur

    Moi, je saurai bien voir quel sera le vainqueur!

Nul ne doit trop presser l'amble de sa monture :

    Cheval fourbu ne donne que tracas.

Et même si tu vas souffrant persécution,

    Garde ton âme libre, si ton corps ne l'est pas!

 

Donc mon âme et mon sang doivent vivre sans peine!

    Lasse ne craint la haine, ni l'envie, ni le joug.

Nul ne pourra jamais faire plus que ses forces.

    Justice malgré tout finit par triompher.

Se sauve qui le peut des pièges du malheur.

    La fortune contraire en longue prison mène.

 

Ami, donc, il faut vivre bon gré mal gré, joyeux,

    Et quoi qu'il en advienne.

Notre chance est changeante et ne s'attarde point,

    Hier apparue, demain elle est partie.

Mais je garde l'espoir qu'un jour vous me direz

    Que malheureux, vous êtes, ainsi que moi, joyeux! »

 


Jean-Clarence Lambert, Anthologie de la poésie suédoise, éditions Unesco, 2000.


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