Une vocation

Publié le par Juliette

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« La banque Pilaster était un grand immeuble neuf avec une longue façade classique et une imposante entrée flanquée de grosses colonnes cannelées. Il était midi passé de quelques minutes quand Micky franchit les doubles portes pour pénétrer dans le hall. Edward arrivait rarement au bureau avant deux heures, mais on parvenait en général à le persuader de venir déjeuner dès que midi avait sonné.

[...]

Ici, plus que nulle part ailleurs, Micky enviait les Pilaster. Le moindre détail proclamait leur richesse et leur puissance : le sol de marbre bien astiqué, les somptueux lambris, les voix étouffées, le crissement des plumes sur les registres et surtout les huissiers trop bien nourris et trop bien habillés. Tout cet espace et tout ce personnel servaient au fond à compter l'argent de la famille Pilaster. Personne ici n'élevait de bétail, n'extrayait de nitrate ni ne construisait de voies ferrées : c'étaient d'autres, très loin, qui faisaient le travail. Les Pilaster se contentaient de regarder l'argent se multiplier. Cela semblait à Micky la meilleure vie possible maintenant qu'on avait aboli l'esclavage.


Il y avait aussi quelque chose de faux dans l'atmosphère qui régnait en ces lieux : grave et digne, comme celle d'une église, la résidence d'un président ou un musée. Les Pilaster n'étaient jamais que des prêteurs d'argent, mais ils se comportaient comme si percevoir des intérêts était une vocation aussi noble que la prêtrise. »

 

 

Ken Follett, "La Marque de Windfield", titre original : "A Dangerous Fortune", 1993.

 


Publié dans Homme

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