Les Valkyries

Publié le par Juliette

« Avec les valkyries, nous nous éloignons de cet aspect protecteur qu'assume la figure des Mères, pour revenir à une valence fatidique déjà présente chez les Nornes. [...] il est clair que les valkyries sont des entités féminines en liaison avec l'idée de héros, celui-ci vu dans une perspective eschatologique. La valkyrie serait sa « femme » morte (ou surnaturelle) qui l'attend (qui l'introduit) dans l'autre monde. A ce titre, et sans développer car l'idée nous entraînerait trop loin, il pourrait bien exister une sorte d'homologie entre valkyrja et einheri (le guerrier « unique » ou guerrier d'élite que la valkyrie est expressément chargée, par Òdinn, de choisir sur le champ de bataille afin qu'il vienne peupler la Valhöll /le Walhalla/ dudit dieu en vue du combat apocalyptique du Ragnarök. [...]


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J'aimerais rapprocher la valkyrie, d'une de ses figurations au moins, la fylgja - dont il m'est arrivé de faire l'analyse pour la donner comme une des expressions de l'âme chez les anciens Scandinaves : la fylgja, c'est une entité surnaturelle attachée à un individu donné, qui le « suit » (c'est le sens du verbe fylgja, allemand folgen, anglais to follow) ou l'accompagne (elle peut le précéder) et qui nous est partout donnée, sans aucun doute, pour fatidique : qui la voit sait qu'il va mourir. [...] La fylgja, qui, d'ordinaire, est une notion d'ordre individuel (chacun ayant la sienne) peut, elle aussi, s'étendre à toute une famille ou un clan. Elle est dite, dans ce cas, ættarfylgja, fylgja de la famille. [...] Et le moment venu, il faudra parler de la daudafylgja, la fylgja de mort qui ne nous mettra pas en territoire inconnu mais nous orientera vers un autre aspect encore de cette richissime notion. Je ne suis pas en train d'établir une équation directe valkyrie = fylgja, je voudrais uniquement souligner les ressemblances qui se sont établies entre les deux représentations. Car il n'est pas possible de contester le sens « protectrice des destinées » qui a dû s'attacher, à un moment donné, à l'idée de valkyrie.

 

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Mais je n'en ai pas tout à fait terminé avec la valkyrie : l'aspect majeur de cette entité, sa valeur première, c'est son étroite collusion avec la magie. Elle est celle qui détient les secrets sacrés, les « runes » : de la victoire (Sigrùn), de la bataille (Gudrùn), de la bière (Ölrùn), celle qui s'entend à manipuler la baguette magique (gandr, d'où Göndul), à paralyser son adversaire (Herfjötur, qui détient donc les liens, singulier fjöturr, de l'armée), à pousser le cri magique qui paralyse (hlökk, qui s'appliquerait proprement au glatissement de l'aigle), bref, la « toute-savante » (c'est-à-dire celle qui détient les multiples savoirs de la magicienne), Alvit. »

 

 

 

Régis Boyer "La Grande Déesse du Nord".


 

   

Publié dans Mythologie

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