Des principes et des hommes

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« 14 juillet. – Fête de la République. Je me suis promené par les rues. Les pétards et les drapeaux m'amusaient comme un enfant. Cest pourtant fort bête d'être joyeux, à date fixe, par décret du gouvernement. Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit : "Amuse-toi." Il s'amuse. On lui dit : "Va te battre avec le voisin." Il va se battre. On lui dit : "Vote pour l'Empereur." Il vote pour l'Empereur. Puis, on lui dit : "Vote pour la République." Et il vote pour la République.

Ceux qui le dirigent sont aussi sots ; mais au lieu d'obéir à des hommes, ils obéissent à des principes, lesquels ne peuvent être que niais, stériles et faux, par cela même qu'ils sont des principes, c'est-à-dire des idées réputées certaines et immuables, en ce monde où l'on n'est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est une illusion.»

Guy de Maupassant, "Le Horla", 1887.


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Juliette 05/11/2009 22:15


Oui, tout à fait! Ce livre est d'ailleurs le récit d'un homme qui devient fou, hanté par un personnage surnaturel appelé "le Horla". Maupassant l'a écrit en 1885, avait-il à ce moment-là conscience
de sa folie? et où commence-t-elle cette folie? La ressemblance entre l'écrivain et le narrateur du récit est frappante... Fou peut-être, mais quelle plume!


Telperion 02/11/2009 16:15


Ce qui est remarquable, c'est que les gens qui tiennent ce genre de discours finissent fous : Nietszche a fini ainsi, Hölderlin aussi, Maupassant aussi, ect.